FAIRE PLACE À L’EXPÉRIENCE AVEC (2e session)

Rencontres, conférences et workshop.
04-08 novembre 2019
LoAD (Laboratoire ouvert Art Design), ESADMM, Marseille

Le Réseau Cinéma poursuit sa recherche sur les possibles rôles du cinéma, objets filmiques ou cinéma élargi, dans la création de lieux de et à « faire-et-penser-ensemble », des lieux d’accueil de l’hétérogène, de l’ailleurs et du loin, des lieux d’hospitalité et de convivialité, d’échanges et non d’appropriations. Comment le collectif peut-il se nourrir de l’ailleurs et se re-configurer en interaction avec lui ? Comment travailler le collectif, d’une manière non autoritaire, tout en maintenant la possibilité d’une autonomie créatrice ? « Le Collectif » selon par exemple Jean Oury, psychiatre et psychanalyste, fondateur de la Clinique de La Borde s’entend non comme soumission au groupe mais comme dispositif permettant de voir émerger les singularités quelconques, singularités de toute sorte. Faire place à l’expérience avec, et voir émerger, peut- être, des cinémas-expériences qui n’imposent pas une seule idée-forme de cinéma.

Cette semaine a pour objectif de mettre en commun les recherches et expériences travaillées sur chaque site du Réseau. Ils seront ensuite étayés et prolongés par un accompagnement en workshop par deux artistes invité.e.s, Teresa Cos et Samir Ramdani dans la perspective de poser les bases de différents axes de réflexion et pratique des formes collaboratives. Un cycle de conférences des artistes (T . Cos, S. Ramdani, É. Lamoine) complètera cette recherche.

ARTISTES INVITÉ·E·S POUR LE WORKSHOP

Teresa Cos crée des œuvres audiovisuelles qui explorent des formes de répétition actives et passives qui sous-tendent les processus émotionnels et sociaux de l’homme. La relecture de l’histoire qu’elle propose enchevêtre les échelles, avec souvent une tonalité de tragi-comédie. Son travail interroge les notions de proximité et de distance, d'(ir)réversibilité temporelle et d’accumulation de la mémoire, à l’intersection de plusieurs chronologies. Son travail a été présenté à : KANAL – Centre Pompidou, ARGOS Centre for Art and Media, WIELS Contemporary Arts Centre, The MAC-Metropolitan Arts Centre Belfast, Centrale Fies/Live Works Festival, the 14th Venice International Architecture Biennale, Marres House of Contemporary Culture, Careof Milano,l’ISELP, Oberhausen Film Festival, Q-O2 and Les Ateliers Claus.

Samir Ramdani, « J’ai fait mes études à Toulouse et vis à Paris depuis 2006. Je suis passé par le Pavillon (Palais de Tokyo), Triangle Marseille, La Box à Bourges, l’Institut Français m’a aidé pour faire le film Black Diamond qui a eu quelques prix, notamment pour sa musique, et globalement, je me sens heureux de vivre.
Je fais principalement des courts-métrages de fiction qui sont montrés dans des espaces d’exposition mais aussi dans des festivals de cinéma. Dans mes films, il est question de race, de classe sociale, d’inclusivité, d’art, de domination, de désir et de fin du monde. Mes dernières oeuvres sont des films de genre : SF, zombie et fantastique. C’est une façon pour moi d’élargir mon public potentiel.
Je fais mes films avec peu de moyens mais beaucoup de soins sur le plan formel. L’idée est d’évoquer des thèmes politiques et moraux sans sacrifier le plaisir spontané du cinéma. »

DÉROULEMENT DE LA SEMAINE

Le cycle de conférence a permis aux artistes invité·e·s, T Cos et S. Ramdani de présenter leurs recherches plastiques et filmiques en lien avec la problématique de la semaine. Ce cycle s’est clôturé par une conférence de l’artiste Émilie Lamoine venue partager son expérience de production de film dans le cadre de sa thèse de création.

Les étudiants se sont répartit en trois groupes, l’un avec Teresa Cos, un autre avec Samir Ramdani et un troisième autour d’une proposition propre à ce groupe d’étudiant·e·s.
À partir des rythmanalyses d’Henri Lefebvre, Teresa Cos a proposé aux étudiant·e·s de partir de l’expérience des déambulations et expériences du lieu de l’école d’art de Marseille pour produire collectivement un objet vidéo et sonore jouant des rythmes et inversion du temps.

À partir de sa réflexion sur les films de genre et la question de l’adresse1, Samir Ramdani a proposé aux étudiant·e·s de produire à partir de leur singularité pour ensuite mettre en commun celles-ci dans une sorte de serial. Le groupe du workshop avec Samir Ramdani a évolué en plusieurs temps, un échange quotidien plutôt le matin, un pratique vidéo sur le terrain choisi par chacun des étudiants en groupe puis une restitution régulière autour de questionnements et d’échanges plus précis adapté aux demandes des différents interlocuteurs, – des sessions permises, entre autre, par les espaces de travail et de visionnage de type labos dont est équipé le Load.

Le dernier jour, chaque groupe restitue la production réalisée durant la semaine. Le groupe autour de Teresa Cos projette le film et diffuse sur des haut-parleurs la bande son, en jouant d’un décalage entre le rythme du son et de l’image, puis commente cette expérience de production collective dans toutes ses étapes (enregistrements son et vidéo, montage et composition sonore).

Le groupe autour de Samir Ramdani projette les séquences terminées formant le montage global d’un film collectif hétéroclite en intégrant les propositions les plus hétérogènes des étudiants. Le travail des étudiants a fait ressortir des questionnements : comment habiter la ville, notamment sur la reaménagement de la place jean Jaurès à Marseille, comment filmer la performance dans l’espace public et l’interaction avec le flux piétonnier, les personnages, les passants, il n’en est pas moins venu renforcer le questionnement sur la complexité et la multiplicité du vivant que tous ont su mettre en place. L’assemblage de tous ces petits temps vidéo a fini par énoncer sur grand écran des inventions entre fictions et réalité, esthétique clip ou séries, genres sur mesure suivant affinités, musiques et captations, poésies trouvées et improvisations dans la dérive urbaines, et également quand la fête devient manifeste, chercher les limites, interroger les codes, l’essentialisation.

Le troisième groupe a mis en place un dispositif d’échange en trois moments : chaque participant·e répond à une séries de questions sur le déroulement de la semaine, donne un élément visuel ou sonore qui est intégré dans un montage chronologique work in progress projeté dans l’espace, puis reçoit un élément de la part du groupe.

(1) RAMDANI Samir, note d’intention pour le workshop, « J’aimerais partager avec les étudiants motivés, une réflexion sur les films de genre longtemps marginalisés ou peu considérés. Aujourd’hui les films de genre resurgissent dans le débat cinématographique en intégrant les problématiques politiques contemporaines. Je pense à Get Out, film petit budget à succès qui traite des rapports noirs/blancs dans une Amérique post-Obama. Atlanta, mini-série brillante qui traite des questions raciales, de féminisme et de genre en général (LGBTQ+) avec humour. Grave, film d’horreur féministe sur l’anthropophagie…
Derrière la fantaisie des films de genre se cache souvent une intention politique, un propos défendu pour un public large et souvent jeune. (…) J’aimerais sensibiliser les étudiants aux questions de l’origine du point de vue et de l’adresse. C’est-à-dire : d’où je parle et à qui je m’adresse ?
Donc, d’abord : Qui suis-je ? En l’occurrence, un étudiant dans une école d’art avec un certain capital culturel qui, peut-être, veut parler à un public hors de son cercle socio-culturel. Que peut partager un étudiant en art avec un public large ?
Le point de départ sera l’autofiction. C’est-à-dire que je prends ma vie, mon histoire, ce matériau narratif que je maîtrise, puis, je le manipule, j’y ajoute de la fantaisie en essayant, avec le plus d’inventivité possible, de partager ça avec un public.
Ces questions seront abordées durant la phase de recherche/documentation. En plus du cinéma populaire (de toute époque) j’aimerais discuter des stratégies de production des Youtubeurs, qui, depuis une dizaine d’années bousculent les dogmes de production de l’audiovisuel.»

DOCUMENTATION

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