COLLECTIFS D’ARTISTES
Rencontres
30 janvier – 1er février 2019
Bruxelles
Par ce déplacement sur la scène artistique de Bruxelles, le Réseau Cinéma souhaite aller à la rencontre de différent.e.s acteurs et actrices mettant en pratique des formes de collectifs de production ou de diffusion, et de plateformes collaboratives.
ARGOS, CENTRE FOR ART AND MEDIA
Rencontres avec Andrea Cinel, curateur, programmateur, et Jérémy Nacklé, chargé des publics d’ARGOS centre for art and media : présentation de l’histoire du centre d’art à la fois lieu de conservation d’œuvres vidéos et de diffusion.
Projection de films mettant en jeu les notions de collectifs et communs, issus de la collection d’Argos et visite de l’exposition temporaire → « Look at me » centrée sur la relation entre la photographie et l’image en mouvement (Marie-Noëlle Boutin, Dirk Braeckman, André Cepeda, Nicolas Dufranne, Frédéric Gaillard, Philippe Herbet, Esther Johnson, Jacques Lennep, Chantal Maes, Valérie Mannaerts, Angel Marcos, Hans Op de Beeck, Ria Pacquée, Shelly Silver, Sarah Vanagt, Andreas Weinand).

Wendelien van Oldenborgh, Beauty and the Right to the Ugly, 2014
COLLECTIF FAIRE-PART
Projection à Argos du film Faire-part (2018) du Collectif Faire-part, suivie d’une rencontre avec deux des artistes du collectif, Anne Reijniers et Rob Jacobs, qui retracent le cheminement à quatre, avec Nizar Saleh et Paul Shemisi, de l’élaboration du projet à la réalisation du film.

A la veille des élections congolaises reportées, deux cinéastes congolais et deux cinéastes belges créent un film sur Kinshasa (République démocratique du Congo) et de sa résistance à l’héritage colonial. Les quatre réalisateurs veulent raconter une histoire ensemble, mais avoir grandi chacun de part et d’autre de cette histoire leur confère des points de vue différents sur la manière de raconter. A quoi cela devrait ressembler? Qui y inclure? A qui cela s’adresse? «Faire-part» est une recherche de quatre réalisateurs sur la manière de dépeindre une ville. En filmant des performances artistiques qui ont lieu dans l’espace public, ils brossent un portrait provoquant de Kinshasa et de ses relations avec le reste du monde.
SOUNDIMAGECULTURE
Rencontre avec Susanne Weck et Amir membre de l’équipe de SoundImageCulture. SIC est un groupe de travail composé de cinéastes, d’artistes et d’anthropologues qui accompagnent 10 participants dans la réa- lisation de leurs projets audiovisuels, sous la forme de séminaires collectifs autour des projets en cours de réalisation.

EFFI & AMIR
Rencontre avec Amir du duo d’artistes Effi &Amir qui partage leur manière de mener des projets en duo ou des projets collaboratifs dans deux de leurs productions :
Pour leur film Housewarming (2016), Effi & Amir ont recueilli des témoignages d’Albanais sur leur projet d’immigration. Ils ont demandé à Krenar Zejno, écrivain albanais, de produire un poème épique qui, dans le film, est chanté en albanais et en isopolyphonie. Ce chant se déploie sur des paysages où se juxtaposent arbres,champs et maisons à demi-construite, vestige d’un futur de ceux qui ont émigrés, où les corps semble remplir des vides de l’espace ou de l’image.


The Complete Jessy Cohen Museum (2016-…) est un projet en cours. Le musée est développé, assemblé et créé avec les résidents du quartier de Jessy Cohen à Holon (Israël), par le biais de recherches, de dis- cussions et d’actions. Amir nous présente l’origine du projet et la mise en place du travail collaboratif avec les habitants.
AUGUSTE ORTS
Rencontre avec l’artiste Manon de Boer. Elle raconte de quelle manière elle a fondée en 2006 une plate- forme de production et de distribution, Auguste Orts, avec d’autres artistes pour à la fois pallier le manque de financement des films d’artistes, et garder son indépendance de production.
Kanal-Centre Pompidou (Bruxelles) expose une de ses installation vidéo One, two, many (2012) produite par Auguste Orts. Manon de Boer décrit aux participant.e.s du Réseau Cinéma qui viennent d’en faire l’ex- périence, le processus de construction des films de cette installation vidéo.

CINEMA NOVA
Rencontre avec Philippe Branckaert, un des piliers et programmateurs de ce cinéma indépendant créé en 1997. Le Nova s’organise autour d’un Manifeste, texte fédérateur de l’ensemble des bénévoles qui forment la base collective des activités du Cinéma. Il fait parti du réseau européen de salles de cinéma alternative et indépendante Kino Climates.

Une nuit, un groupe de travailleurs se rend compte que la direction a organisé le vol de machines dans leur usine. Ils comprennent bientôt qu’il s’agit du premier signal d’un licenciement massif.
La plupart d’entre eux refusent de coopérer lors des négociations individuelles et commencent à occuper leur lieu de travail. Alors, quand l’administration disparaît à leur grande surprise, ils se retrouvent avec une usine à moitié vide … Avec l’effondrement du monde qui les entoure, de nouveaux désirs commencent à émerger.
Le film est produit par TERRATREME (Lisbonne), un collectif de cinéastes regroupé.e.s depuis 2008 pour développer un modèle de production adaptable aux singularités de chaque film. «Notre but est d’articuler
la recherche et la création dans une méthode de travail où les besoins de chaque film détermineraient le modèle de production.» (www.terratreme.pt). Pour «L’usine de rien», Pedro Pinho tourne avec des acteurs amateurs (en majorité de véritables ouvriers), dans une usine qui connut elle-même une expérience d’auto- gestion pendant une vingtaine d’années.
JUBILEE
Rencontre avec deux des cofondateurs Vincent Meessen et Ronny Heiremans (du duo Vermeir & Heiremans).

Partant du constat qu’ils partageaient beaucoup de situations et conditions d’écriture de projet et de recherche de financement, il.elle.s décident de mettre en commun leurs compétences et besoins au lieu d’être en concurrence. En 2012, il.elle.s fondent une plateforme collaborative de production et de recherche artistique qui organise des workshops et tables rondes internationales sur la pratique artistique et sa réalité économique (the value of our love, 2013) en invitant des artistes, critiques, curateur.rice.s, et en imaginant une poétique de la relation à l’économie.
Le dernier projet de recherche artistique, Caveat, se penche sur le contexte légal et socio-économique dans lequel
les artistes travaillent et plus particulièrement sur le contexte de négociation d’un projet artistique avec une institution. Cette recherche sur le plan juridique (contrat, etc) regroupe des artistes et curatrices. Caveat intègre l’institution dans cette recherche artistique pour trouver des solutions, de nouveau modus operandi, pour opérer un changement dans la relation à l’institution au-delà de la rédaction légale d’un contrat.
Projection d’œuvres réalisées avec la participation de Jubilee (producteur délégué, co-production, diffuseur, …)

Vermeir & Heiremans, «The Good Life (a guided tour)», 2009, 16’
Un groupe de personnes arpentent des open spaces vides, un ancien centre d’art dont il reste quelques trace de l’activité (caisse, …) avec une guide qui exprime le potentiel de cet espace vidé. Son discours a été composé à partir d’annonces immobilières, de brochures, journaux et magazines. Le film met en tension le pouvoir du langage commer- cial sur un imaginaire qu’il clôt et la vacuité de l’espace physique.

Vincent Meessen, One. Two. Three, 2015, vue de l’exposition au WIELS (Bruxelles), 2016
Structuré autour d’une chanson écrite par le situationniste congolais M’Belolo Ya M’Piku en mai 1968 redécouverte par Meessen dans les archives du situationniste belge Raoul Vaneigem, le film révèle des échanges artistiques et intellec- tuels inconnus à ce jour entre l’Internationale situationniste et le Congo. Avec de jeunes musiciennes de Kinshasa et le producteur belge Vincent Kenis, Meessen a produit une nouvelle interprétation de la chanson. Il déplace la centralité européenne et masculine de la figure de Debord et recontacte l’archive au présent de l’actualité des mouvements de révolte à Kinshasa.
Le film est composé d’un texte et de paysages sonores. Le texte sous la forme d’une lettre apparaissant lettre après lettre, transforme l’écran en surface de dialogue avec le spectateur «Do you remember? You were there too.»
Le film commence par un paysage sonore nocturne accompagné d’un texte sous la forme d’une lettre adressée à J. Le texte apparaît lettre après lettre et transforme l’écran en surface de dialogue entre le réalisateur-machine et le desti- nataire-spectateur «Do you remember? You were there too.» Le film est une expérience de ressouvenirs à partir de bribes sonores et de mots écrits pour amener le spectateur-auditeur-lecteur à produire lui-même les images mentales de son film.

Eleni Kamma, Yar bana bir eğlence (Notes sur la parrhesia), 2015, 37’ 24
Eleni Kamma a filmé en Turquie et à Chypre, en reliant l’histoire du théâtre d’ombre traditionnel, le Karagöz et l’émer- gence d’une parole politique publique de la jeunesse lors des manifestations du parc Gezi de 2013. Dans le théâtre Karagöz, le marionnettiste exprime ce que le spectateur n’ose pas dire, sorte de parrhesia, terme grec signifiant la libre parole sans retenue. Le jeu de correspondances entre cette pratique ancienne délaissée par la jeunesse et la révolte contemporaine de celle-ci, nous amène à réfléchir sur l’activation sous quelque forme quelle soit de la liberté.
Ces rencontres à Bruxelles ont été complétées par la visite d’expositions dont → Kanal-Centre Pompidou et → le Wiels avec notamment :

Ericka Beckman, The super-8 trilogy (1978-81), objets, films Super-8, couleur, sons, Kanal-Centre Pompidou

Michel Gondry, L’usine de films amateurs, Kanal- Centre Pompidou

Francis Alys, children’s games, Kanal-Centre Pompidou
Ellen Gallagher avec Edgar Cleijne, Liquid Intelligence, WIELS